Vu, entendu… (1)

Quatre personnes, quatre salles, quatre objets musicaux…

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Zoé de La Taille
médiatrice au Rocher de Palmer
B4.DA.$$ (« Before Da Money »)
de Joey Bada$$

Issu du collectif de Brooklyn Pro Era, le jeune Joey Bada$$ sort son premier album à tout juste 20 ans. Dans une période où l’on entend énormément de beats rap assez froids, il revient au sample et à un groove très organique, qu’on croyait disparu depuis la fin des années 90. Pour moi qui ai grandi en écoutant Mobb Deep ou Boot Camp Click, ce son boom bap fait du bien. On entend le C.R.E.A.M. du Wu Tang Clan dans “Paper Trail$”, The Roots dans “Like Me” ou Das EFX dans “Christ Conscious”. Il rend hommage à J Dilla, fait appel à Statik Selektah et DJ-Premier, donne un coup de main à BJ the Chicago Kid, Chronixx ou Raury, 18 ans à peine, entendu récemment aux côtés de Flying Lotus. Le plus marquant reste le flow Bada$$ : mature, précis rappelant parfois l’accent des toasters jamaïcains.

Joey Bada$$
“Like Me” ft. BJ the Chicago Kid

https://www.youtube.com/watch?v=Nr_Gzz6ZRaE

Joey Bada$$
“no.99”

https://www.youtube.com/watch?v=-LMnXxNdclg

Joey Bada$$, B4.DA.$$, Cinematic Music Group / Pro Era.


Jérôme Alban
intervenant pédagogique à Rock et Chanson
Ocean of Sound :
Musiques ambiantes, mondes imaginaires et autres voix de l’éther

de David Toop

Ce recueil de textes de David Toop, l’un des chroniqueurs du magazine Wire, est une formidable machine à abattre les chapelles musicales. À travers différents articles traitant entre autres des liens entre les compositeurs impressionnistes français, le jazz et les musiques électroniques, des studios d’enregistrements en Jamaïque en tant que laboratoires foutraques de recherche musicale ou bien encore de la musique matiériste de My Bloody Valentine, David Toop nous propose un regard neuf sur les différents courants musicaux qui ont marqué le vingtième siècle.
C’est peut être ici l’une des visions réellement modernes de la musique, une vision au travers de laquelle beaucoup d’idées reçues ne résistent pas. Ainsi David Toop met en valeur l’influence des électro-acousticiens français, Pierre Schaeffer en tête, sur la genèse du hip-hop, l’impact des gamelans javanais sur la musique de Debussy, la continuité du travail de Stockhausen dans la musique d’Aphex Twin. Il propose ainsi une manière décloisonnée, vivante et décomplexée d’écouter et de faire de la musique, où les termes « musiques actuelles », « musiques classiques » ou encore « musiques jazz et improvisées » semblent bien caducs. Toop aborde aussi le travail d’alchimiste de Lee « Scratch » Perry et Brian Eno et met en lumière le cheminement créatif de Sun Ra, La Monte Young ou bien encore Terry Riley. Ce qui frappe dans ce livre, c’est aussi cette manière qu’a David Toop d’écouter le monde, l’environnement sonore comme une symphonie et de mettre en avant que la musique se nourrit continuellement dans le chaos des identités, des incidents technologiques et des rencontres fortuites. Voilà un ouvrage qui vous donnera surement envie de faire de la musique, de reprendre possession du quotidien sonore et de vous débarrasser des visions institutionnelles qu’elles soient d’obédience culturelle, commerciale ou politique.

David Toop, Ocean of Sound : Musiques ambiantes, mondes imaginaires et autres voix de l’éther, éditions Éclat.

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Eugene
chargé de billetterie et promo au Krakatoa
Parcs de Bertrand Belin
Ou comment voler les pieds sur Terre

Dans son Parcs, le Quiberonnais Bertrand Belin, oiseau sans bec à la plume élégante, se promène et cloue le leur (de bec) à ses congénères. Il signe ici, d’un zèle éclatant, le disque du temps suspendu, des errances bucoliques et de l’émotion nue. Rythmes country, balades extatiques et humour savamment distillé. Comment un homme aussi déterminé par l’excellence artistique peut-il chanter “Aller sans but” ? Parcs est l’œuvre d’un héros des temps modernes, d’un cowboy chevauchant les plaines de la chanson, malice et poésie en bandoulière. Du fin fond de l’Armorique, Bertrand Belin fend les ondées avec grâce. Comment ça se danse ? L’interprétation en live de cet album figure au sommet des concerts les plus majestueux que l’homme puisse produire.

https://www.youtube.com/watch?v=3Ed5vWtmDQE

class=”brandonbold”>Bertrand Belin, Parcs, Cinq7 / Wagram.


Quentin Lefevre, administrateur
et Julien Lavie, comptable de la Rock School Barbey
De l’éloge du bon goût

Quand tu bosses dans une structure culturelle, t’as une sorte de devoir de bon goût : comme écouter Pendentif par exemple. Nous, à l’administration, on a Bide et Musique. On y trouve tout ce qu’il faut pour bâtir une culture digne de ce nom. À défaut, on fait au moins chier le reste de nos collègues en le diffusant à fond dans les bureaux. Voilà une petite sélection de ce que l’on préfère sur cette webradio :

Vienna – “Pour ne pas me toucher”

Un must, une poésie disco dadaïste. Impossible de l’écouter sans l’avoir en tête pour le restant de la journée.

class=”brandonbold”>Vivien Savage – “C’est qu’le vent”

Un hymne à la libération de la femme et aux synthés dégueulasses. Mention spéciale au parolier qui ne s’est pas foutu de nous.

Frédéric Lecoultre – “Le poêle à mazout”

Huum les traditions, les feux de cheminée, une chanson qui rappelle le temps où on pouvait s’asseoir sur les genoux de papy.

Bide et musique, la radio de l’improbable et de l’inouï.

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