Pierre Wetzel, l’ombre ou la lumière

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Pierre Wetzel fait partie de ces personnes de l’ombre qui donnent le ton d’une certaine idée de la scène bordelaise. Photographe auteur, il écume les lieux de concerts depuis une vingtaine d’années, appareil photo sous le bras. Nouvelle étape de sa relation fidèle au Krakatoa, il expérimente depuis une petite année l’antique procédé photographique du collodion humide, imprimant à ses portraits une grâce toute particulière qu’on pourra admirer à la médiathèque de Mérignac dès le 6 mars pour les 25 ans de la SMAC.

<<< Elisa Dignac, violoncelliste de A Call At Nausicaa, décembre 2014
© Pierre Wetzel

Pourquoi la photographie ?

"Mon père m’avait filé un appareil photo un peu bateau, un vieux boitier pour que je revienne des vacances avec des images. A l’époque, j’étais plutôt dans la musique et j’en faisais encore. La scène, côté obscur, m’intéressait aussi. La photo de concert était donc une façon de mélanger la photo et la musique. J’ai fait mes premières photos de concerts en 1998, assez vite au Krakatoa. En parallèle, comme beaucoup de photographes, j’ai fréquenté plein de bars et de clubs, comme l’Inca [fermé en 2008] par exemple…"

Des concerts marquants ?

"J’ai une fâcheuse tendance à oublier ce genre de choses… Je me prends une claque photographique et musicale un jour, et au bout de quinze jours je suis passé à autre chose. Ah si, je me souviens bien de Zita Swoon, c’était très intimiste, et puis des Strokes, à l’époque où c’était encore bien…"

Des préalables pour une bonne photo de concert ?

"Trois conditions doivent être réunies : la lumière, l’attitude sur scène et un coup de chance. Si tu as la lumière et quelqu’un ou quelque chose qui a une présence sur scène, ça se fait tout seul. Tu arrives à anticiper le moment où l’artiste va faire quelque chose."

Du live au portrait

"La photo de concert est devenue un gros sac de nœuds, il faut signer des contrats, l’équipe veut contrôler et l’image et ce que tu en fais, ça me lasse un peu. C’est dû au fait qu’il y a beaucoup plus de photographes de concerts, qui travaillent au numérique, pour des blogs, des sites… Beaucoup d’amateurs qui ont pour passion la musique et la photo et c’est tant mieux. Mais on a un peu fait abstraction de sa valeur artistique. On est inondé d’images partout, tout le temps. Le portrait, ça me parle plus. J’adore ça. C’est une discipline vachement chouette, tu discutes avec les gens, tu les rencontres, tu échanges."

Collodion : l’artisan au travail

Avec le collodion, on obtient un tirage unique sous forme de plaque, l’ambrotype. C’est comme le master du musicien...

"La photo au collodion, ça ne fait qu’un an que j’en fais. J’ai découvert ce procédé sur internet, en fouillant sur des sites spécialisés. D’une certaine manière, ça rend à la photo ses lettres de noblesse. Bon, avec ça, la photo de concert, tu oublies complètement, les contraintes techniques sont énormes. Il faut beaucoup de lumière, je ne peux pas me déplacer, la plaque doit rester humide, je dois avoir mon labo à côté, le sujet doit être immobile pendant 10 secondes… On fait ça pendant la journée, avant les balances… c’est un moment particulier, j’ai mon tablier et mes gants, il faut une bonne demi-heure d’installation… je fais au maximum une dizaine de photos dans la journée. Tu fais gaffe à la mise en scène, comme au XIXe ou au début du XXe. La personne qui est photographiée et les gens qui regardent comprennent alors pourquoi je le fais, en voyant tout le processus.
Avec le collodion, on obtient un tirage unique, sous forme de plaque, l’ambrotype, c’est comme le master du musicien. Soit tu l’exposes comme tel, soit tu fais des retirages. A Mérignac, ce sont les ambrotypes qui seront exposés, en formats 13*18, 18*24 et 24*30. Et j’exposerai aussi des tirages pour avoir de plus grands formats.
Ça me plaît à fond. Didier [Estèbe, directeur du Krakatoa] est content du résultat. Ça fait un petit changement dans la photo. J’ai l’impression d’avoir fait le tour de la photo numérique, j’avais besoin de pratiques nouvelles qui donnent un sens au travail photographique."

Ailleurs

  • On retrouve aussi Pierre Wetzel sur la route, à bord du Wunderstudio, studio photo mobile embarqué dans une caravane Airstream Liner de 1948, en compagnie de Nico Pulcrano, autre photographe musicophage à la patte assurée [son expo "Nola’s Faces" a d’ailleurs occupé les galeries du Rocher de Palmer à l’automne 2014]. Vous aurez probablement l’occasion d’apercevoir le bolide dans tous les bons festivals de la région, suivez leur périple sur leur page facebook.
  • Pierre vient aussi de s’établir sur la place Saint-Michel, dans un local partagé avec deux acolytes : Guillaume Gwardeath (gonzo-journaliste aux multiples signatures) et Benjamin Sablon (sérigraphe). Ils développeront chacun leurs activités dans cet espace ; Pierre veut "investir la Place Saint-Michel en photo, faire des portraits au collodion dans le local et en extérieur, prendre les gens au hasard, construire des projets un peu alternatifs"…

En ce moment sur la platine de Pierre Wetzel

Fellini Félin

Hello Bye Bye

A suivre…

  • Exposition (K)ollodion, du 06 au 28 mars à la Médiathèque de Mérignac. Vernissage le 07 mars dès 15h30 avec Estelle et Romain Humeau (du groupe d’Eiffel) au pôle ami.
  • On retrouvera aussi Pierre Wetzel au Printemps de la Photographie de Pomerol, les 20 et 21 mars.

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