Mars Red Sky, vers l’infini et au-delà

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© Sylvain Caro

Mars Red Sky est en résidence pour quelques jours à l'Antirøuille de Rock et Chanson pour préparer une longue tournée européenne à l'occasion de la sortie de son 3ème album. Entre deux sessions de travail, ils accueillent une classe d'élèves venus découvrir leur univers.

"Une musique pour rouler dans le Far West !" Quand Jérôme Alban, en charge de l’éveil musical à Rock et Chanson, demande leur ressenti aux enfants de CE2 de Saint-Savin venus écouter et rencontrer Mars Red Sky, c’est la première image que leur évoque l’univers du groupe, en résidence pour quelques jours à l’Antirøuille. Une analogie assez juste, les grands espaces inhabités étant depuis l'origine chers au trio. On se souvient du premier album du groupe, enregistré dans le désert des Bardenas, en Espagne (ci-dessous, le clip Strong Reflection, réalisé par Sébastien Bassin, qu'on connaît aujourd'hui sous le nom de Hørd...)

 

On s’interroge sur l’utilité des boutons sur lesquels les musiciens appuient avec leurs pieds, l’occasion de tester les pédales de réverbération, le delay, l’overdrive… et de comparer avec l’acoustique d’une église, l’écho d’une montagne, le bruit d’un avion.

S’en suivent une série de questions lues sur une feuille qui passe entre les mains des enfants.

Thibault : Où avez-vous fait votre premier concert ?
Notre premier concert, on l’a fait dans une cave pour des copains à nous, avant que Mat, le batteur, ne rejoigne le groupe. Le premier avec lui, ça devait être au Sterolux, à Nantes, une salle au moins 3-4 fois plus grande que celle-ci.

Mathis : Comment écrivez-vous vos chansons ?
En général, l’un des trois arrive avec une idée, on la joue, on improvise à partir de ça, des trucs bien, des trucs nuls. On fait des essais ensemble en répétition, des fois Julien arrive avec une chanson toute prête, nous on fait les interprètes et on travaille les arrangements.

Enzo : Quelle musique aimez-vous le plus ?
On se retrouve sur des styles en commun mais on écoute des choses très variées. Vous, vous connaissez des groupes qui nous ressemblent ? La salle fait non de la tête. Quels artistes vous connaissez ? On finit par égrener en se creusant la tête les noms de quelques stars du rap et du télé-crochet.

Pauline : A quel âge vous avez commencé la musique ?
Julien : J’ai commencé vers 13 ans par la basse, avant je piquais la guitare de mon frère mais je savais pas l’accorder. Mat : j’ai commencé la batterie vers 10 ans, avant je jouais du piano. Jimmy : j’ai commencé par le synthétiseur vers le même âge.

Jérôme : vous voyez, ils n’ont pas forcément appris à l’école, dans ces musiques-là on apprend souvent soi-même, on dit qu’on est autodidacte.

Hugo : Pourquoi avez-vous choisi le nom Mars Red Sky ?
Julien : trouver un nom c’est le plus compliqué, ça vous suit toute votre vie, il faut pas se tromper. Je lisais les paroles d’un groupe qui s’appelle Sleep. [Eclat de rire général]. Sleep comme dormir en anglais, pas comme slip de bain [Nouvel éclat de rire]. Ces trois mots à la suite, Mars Red Sky, j’ai trouvé ça très beau.
Jimmy : ça veut dire "rouge comme le ciel de la planète Mars".

Jérôme : et regardez, les lumières en fond de scène sont un peu de cette couleur. Le travail visuel aussi est important. Vous avez aimé les vidéos ? Oui majoritaire, un non discordant. "J’ai pas aimé, c’était bizarre". "Moi j’ai méga adoré".

 

Axelle : Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Julien : Jimmy et moi on s’est rencontrés il y a 20 ans par des amis en commun, on faisait chacun de la musique et lui il aidait les groupes à répéter avec une association. Avec Mat on se connaît depuis une dizaine d’années, souvent des groupes jouent le même soir sur la même scène et c’est comme ça qu’on s’est rencontrés.

Maël : Avez-vous déjà fait un concert à Paris ?
Oui, une bonne quinzaine de fois.
Et à Los Angeles ? Oui.Et au Brésil ? Oui. Oh la chance !
Julien : on a une histoire un peu particulière avec le Brésil d’ailleurs [il n’aura pas l’occasion de raconter cet épisode, un projet de tournée et d’enregistrement aux Etats-Unis, un séjour imposé d’une semaine en correspondance au Brésil, et finalement, l’enregistrement de Stranded in Arcadia à Rio durant ces 8 jours, d’abord pensé comme une maquette et finalement adopté pour l’album définitif, avec Gabriel Zander, un ingénieur du son brésilien devenu depuis un ami cher].
Jimmy : On a beaucoup voyagé grâce à la musique, on a pu aller dans une vingtaine de pays différents.

Sovana : Pourquoi vous ne jouez qu’à trois ?
C’est le truc basique, le minimum, chaque personne doit être à 100% ça rend le travail plus intéressant. Il faut quelqu’un pour le rythme, quelqu’un pour la mélodie, et quelqu’un qui envoie les graves, la densité du son. Il y a des formes à deux ou tout seul, mais à trois c’est bien.
Jérôme : on appelle ça un power trio. On a fait beaucoup de choses sous cette forme dans l’histoire du rock.

Evan : De quoi parlez-vous dans vos chansons ?
Julien : de plein de choses. Des métaphores. On décrit un sentiment en utilisant d’autres mots. Par exemple "le voilier qui s’en est allé au loin" pour parler d’une séparation. Mais c’est triste comme métaphore. Ou le voilier qui est revenu.

Roman : Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire cette musique ?
Jimmy : C’est en écoutant d’autres groupes. On avait chacun d’autres groupes et on a eu envie de faire des sons plus saturés, plus lourds.

Laurane : Quel est votre meilleur souvenir de scène ?
Jimmy : Le Hellfest, un gros festival « de genre » - on parle de genre pour dire musiques extrêmes. On a joué à 10h30, il y avait beaucoup de monde et c’était très chouette.
Mat : Le premier concert en Argentine. On sortait d’avion, on était un peu fatigués, décalés, juste après l’atterrissage. C’était une sensation très agréable.

Suivent quelques questions spontanées...

Vous avez déjà fait un concert en Chine ?
Ah non. Mais Pierre, à la console, il est déjà allé en Chine. Il joue à la console ? Ah non c’est pas une console de jeux. C’est ce qui lui permet de régler le son sur la scène.
Jimmy : On ne fait pas forcément de musique comme un travail, même si ça marche ce n’est pas forcément un métier, on peut faire autre chose à côté, mais on voyage et ça nous permet aussi de grandir.

Vous avez fait combien d’albums ?
Deux sont sortis. Le premier morceau qu’on a joué est sur le troisième album, qui va sortir bientôt. On a aussi fait des EP, comme des mini-albums, et des 45 tours, des vinyles, vous voyez, les disques noirs.

La discussion se clôture par une session d’autographes sur morceaux de feuilles perforées à petits carreaux.

Au sujet de cette rencontre avec une classe d’élèves de CE2…

Mat : j’aime bien faire des rencontres avec les gamins. C’est pas notre quotidien mais c’est intéressant. On avait fait un concert une fois à Lille pour des tout petits, ils étaient très réceptifs, certains dansaient… j’avais adoré.
Manu (régisseur de Rock et Chanson) : ensuite, Jérôme va accueillir la classe en éveil musical, la sensibilisation continue.

Tournée en préparation…

Le travail à Rock et Chanson est destiné à préparer une longue tournée qui s’annonce, dans des salles de France mais aussi en Europe centrale, avec Stoned Jesus, groupe Ukrainien, et Belzebong venus de Pologne. "On sera tous les trois dans un bus, 18 personnes sur la route…"
Il passeront aussi en Espagne, cette fois seuls sur le plateau. Les salles qui s’annoncent sont plutôt plus grandes que l’Antirøuille, quelques jours de travail à la Sirène complèteront la préparation.

Les sorties…

En ce moment même, l’EP Providence sort chez Listenable (on retrouve d’ailleurs le brésilien Gabriel Zander à la production). L’album, Apex III – Praise for the Burning Soul, sera disponible fin février.

Mars Red Sky, un projet au cœur d’autres projets

On a pu voir Mars Red Sky partager le plateau avec de nombreux musiciens du territoire bordelais : Julia Al Abed, artiste de musique concrète du SCRIME, a construit avec eux des cartes postales sonores dans le cadre du projet "Into the Mars Red Sound" accueilli à la Rock School Barbey en 2013 ; Dätcha Mandala, Libido Fuzz, Year of No light, Le A, GATHA , David Hifi-gram, Helen Ferguson, Elisa Dignac et Colin Manierka à l’occasion de leur 5ème anniversaire au Krakatoa en 2014… Ils partagent également régulièrement la scène et ont pressé un split vinyle avec Year of No Light.

Julien Pras (chant/guitare), que les mélomanes connaissent depuis de nombreuses années, a été partie prenante des groupes Pull et Calc. Il construit aussi son parcours en solo depuis plusieurs années, cultivant des liens avec des musiciens qui ont croisé sa route par le passé (Hugo Berrouet, membre de Pull, a enregistré des parties de batterie encore tout récemment pour Julien)

Matgaz (batterie) participe aussi au groupe Epiq, étonnant assemblage de métal et de balafon, qu’on pourra aller voir le 4 février à l’Antidote. Il accompagne aussi James Leg (clavier des Black Diamond Heavies) en tournée et fait partie du groupe punk-hardcore angevin Daria (dont le 4ème album Impossible Colours sort cette semaine).

Jimmy Kinast (basse) est aussi booker au sein de la structure de tournée 3C. Il porte également avec Claire Bernadet les soirées Make It Sabbathy, sous l’étendard de plus en plus rassembleur du son heavy.

Ce qu’ils aiment…

Dans les oreilles

Mat : Je suis un inconditionnel de Tigran Hamasyan, notamment en trio jazz. Julien : il me l’a fait découvrir je trouve ça incroyable.

Dans la poche

Mat : Je lis beaucoup de romans, de bios et de trucs historiques. En ce moment je suis sur la bio de Al Jourgensen, de Ministry. Après j’attaque celle de Johnny Rotten des Sex Pistols.

Julien : Moi j’aime vachement les polars et je lis beaucoup en anglais. En studio, j’ai découvert par accident l’auteur John Connolly, je lisais beaucoup Michael Connelly et je me suis planté, une belle plantade en définitive… Il y a un peu de surnaturel, beaucoup de références jazz, une écriture hyper poétique… Il faut lire entre les lignes. Le genre de bouquin qui appelle des images, des sons.
J’adore Edgar Allan Poe, William Blake aussi est avec moi tout le temps. Je suis en train de lire un bouquin de Walt Whitman. J’aime beaucoup Swinburne aussi, un maître de la métrique, avec un rythme incroyable dans l’écriture, genre A-C-C-B-A-B-C-C-A…
Je lis beaucoup en tournée. Vu que je conduis pas...

Sous les yeux

Julien : je me rappelle jamais les noms des réal ni rien. J’adore Paris Texas, Terry Gilliam. Et Box of Moonlight aussi, pareil je saurais pas te dire qui l’a réalisé. Dedans le frère est joué par le mec de la série Monk.


Mars Red Sky en sortie de résidence jeudi 28 janvier à l’Antirøuille de Rock et Chanson. 2€+3€ adhésion.

EP Providence disponible (label Listenable)
Nouvel album Apex III – Praise for the Burning Soul (Listenable) : sortie le 29 février 2016.

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