J’y étais… Foo Fighters à la Médoquine, le 2 novembre 1995

foofighters

Un an et demi après la mort de Kurt Cobain – et donc de Nirvana – Dave Grohl débarquait avec son nouveau projet à Bordeaux. Sur la scène de la Médoquine, mais organisé par la Rock School Barbey (attention au jonglage de méninges, les kids), le concert avait Built To Spill en première partie et avec du recul, ça laissera un paquet de frustration à tous les témoins, car les ados qu’ils étaient ont découvert le truc trop tard pour en profiter ce soir-là. Six personnes du public ont creusé profond dans leur disque dur pour exhumer leurs souvenirs du concert.

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Stéphane : J'ai 16 ans, Bordeaux est en émoi. Moins de 2 ans après la mort de Kurt Cobain, c’est un parfum de "teen spirit" post Nirvana qui fleure bon aux abords de la Médoquine. Dave Grohl porte encore le poids du mythe sur ses épaules.

Sébastien : Je n'avais qu'un CD 2 titres des Foo Fighters, avec le tube de l'époque. Je n'étais pas vraiment un fan du groupe, qui ne soutenait pas la comparaison avec Nirvana selon moi. J'y allais principalement pour approcher LE batteur du groupe qui m'avait fait me dire que je pouvais faire de la musique avec un bagage musical modeste, et qui incarnait alors la musique dans tout ce qu'elle peut avoir de plus tragique, et aussi primitif.

Guillôme : La mère d’un copain nous avait amenés voir Nirvana au Palais des Sports de Toulouse un an auparavant. Je me souviens du chanteur figé, en pilotage automatique, tandis que Dave Grohl et Krist Novoselic semblaient s’éclater sur scène. Il y avait aussi Pat Smear à la deuxième guitare. Pour l’heure, je fais la queue devant la Médoquine pour le nouveau groupe de Grohl et Smear. Je suis content de les revoir tous les deux, bien que je n’aime pas trop cette salle : c’est trop grand et le son est merdique. Mais c’est le seul endroit qui accueille les concerts intermédiaires à l’époque, entre l’intimité d’un théâtre Barbey et le hall de gare caverneux de la patinoire.

Jérémie : "T’as intérêt à mettre des rangeos ou des docs coquées sinon tu vas manger cher !" me dit Tatane une semaine avant mon premier concert de rock. J’ai topé mes tickets à la Fnac il y a trois mois, ils sont au chaud dans ma table de nuit à coté de mes billets des Globe Trotters... Ca va faire bien un an que je me repasse en boucle la cassette du MTV unplugged de Nirvana et des vidéos de Laurence Romance, enregistrées en direct à la télé, bourré au Banga où je trempe alternativement des BN et des Curly. Je ne comprends pas encore trop bien le concept du rock mais je sais déjà que je ne suis ni Johnny Hallyday, ni Gunszainerozisse comme disent mes camarades de classe, ni Menelik, et le seul truc qui m’attirait jusqu’à maintenant, c’était Nirvana et je dis bien Nirvana. Même pas le reste du grunge, Pearl Jam ou Soundgarden. Non, Nirvana. Et Nirvana, ben c’est fini, Kurt il s’est flingué la tronche. Enfin bref, on n’allait pas voir les Foo Fighters, on allait voir le batteur de Nirvana qui avait refait un groupe et il aurait pu jouer de la musette, c’était pareil, on aurait trouvé ça super.

Sébastien : Dave Grohl restera à jamais le batteur de Nirvana, qu'il le veuille ou non.


Ça claquait sa mémé !


Pascal : Je me souviens que pendant les balances de l’après-midi, Dave Grohl arrêtait constamment les morceaux pour reprendre le batteur par rapport à son jeu... il a carrément fini derrière la batterie pour lui montrer comment il voulait que ce soit joué. C'est le seul moment qui m'avait marqué, avec l'incroyable énergie que dégageait ce mec sur scène.

Nicolas : L'arrivée des Foo sur scène, c'était juste magique. Dès les premières notes, le pogo s'est mis en route au milieu de la salle. Le son du groupe était grungy et dégueulasse à souhait. Ça claquait sa mémé !!

Stéphane : Sous un faux plafond de fumée, l’attente semble interminable. Ça bouge, les lumières s’éteignent, Dave arrive enfin. Si je ne me trompe pas, c’était Enough Space en intro. Titre inédit à l’époque mais ultra-Nirvanesque pour mettre le feu aux poudres. Et puis BIM, les Foo enchainent direct avec le hit, This Is A Call, point de non-retour d’un concert physique et éprouvant. Ça saute, ça pogote dur, c’est parti à tombeau ouvert et ça ne s’arrêtera pas.

Jérémie : J’ai en mémoire trois chansons qui me suivent encore aujourd’hui. Ces chansons qui restent dans ton disque dur interne, tu n’as pas besoin d’appuyer sur "play" pour les écouter, elles font partie de toi. This Is A Call, premier single tant attendu. Tu entendais un jack qu’on branchait au début de la chanson, j’avais beau rien comprendre à ce qu’il chantait, ça me parlait. Ensuite ma chanson préférée des Foo Fighters, Winnebago que j'ai mis longtemps à retrouver, ce riff – tintin tin tintin tin – avec le roulement de batterie, je m’en souviendrai toujours. Et finalement, Exhausted, la chanson de la fin...

Nicolas : Le break d'Exhausted !! Plus personne ne joue, l'éclairage s'atténue, les larsens partent dans tous les sens, c'est l'apocalypse sonore. Dave Grohl disparaît derrière la scène et réapparaît debout sur les amplis avec un éclairage en contre. Les larsens diminuent, tout le monde est fixé sur sa silhouette perchée. Le temps est comme suspendu. La foule se demande s'il va vraiment sauter de son mur d'ampli. C'est vrai que ça fait haut mais c’était tellement rock'n'roll !! Évidemment il l'a fait et Exhausted a repris à partir du moment où ses baskets de sale gosse ont touché le sol, nous renvoyant des milliers de watts en son et lumière en pleine face.

Stéphane : Il fait chaud, très chaud, l’air vient à manquer et mes potes enfumés tombent les uns après les autres, trouvant refuge dans les toilettes surpeuplées. Le spectacle y est tout aussi intéressant que sur scène. Une horde de mecs aux yeux rouges, suants, fatigués, l’air hagard, sont affalés sur le sol trempé, en quête d’un second souffle.


Dur à expliquer, il fallait avoir 15 ans...


Sébastien : Je me souviens d'avoir pogoté comme un dingue avec mon pote, et tous les excités qui étaient devant, dans la fosse. On était ressortis lessivés, trempés et en transe. Je me rappelle m'être moitié fait engueuler par mon daron, qui se demandait comment je m'étais débrouillé pour être aussi débraillé. Dur à expliquer, fallait y être et avoir 15 ans...

Stéphane : Près de 2h de folie, de pure énergie. Et puis tout d’un coup le silence. Les Foo sont partis. Je reste quelques minutes au milieu de la fosse, abasourdi, le sourire aux lèvres, les oreilles bourdonnantes, espérant un ultime rappel qui ne viendra pas.

Guillôme : Plus tard dans la soirée, j’attends à la sortie des artistes avec un groupe de fans. Au moment où Dave Grohl apparaît, tout le monde se jette sur lui, forcément. Lui, plutôt cool, nous fait signe de nous calmer un peu avant de signer nos autographes. Par la suite j’ai acheté "The Colour and the Shape", album pas mal lui aussi. Ce qui est venu après m'a peu emballé, le groupe s'est branché sur le rock de stade calibré MTV. Pourtant j'ai vu régulièrement Dave Grohl participer à des projets plus intéressants que son propre groupe : il sera batteur chez Queens of the Stone Age, Killing Joke ou Cat Power. Mais pour sa musique, il semble ne plus vouloir prendre de risque depuis des lustres.

Jérémie : Finalement, le fait que Pat Smear soit présent ou pas, que Dave Grohl aurait dû attendre plus longtemps avant de refaire un groupe, qu’il aurait dû embarquer avec lui Novoselic ou pas, on s’en fout... Ce qui compte, c’est que pour un premier concert tu ne pouvais pas faire mieux. Il y avait enfin un groupe avec des chansons pop à guitares saturées qui n'était ni grunge, ni hard rock, ni les Presidents of the United States of America. Dave Grohl c’était un mec comme toi et moi.


Merci à :
Sébastien Bassin, musicien dans HØRD
Pascal Bironneau, technicien concert
Jérémie Le Normand, professeur à Liverpool
Nicolas Lagutère, pilote d'avion
Stéphane Dacharry, export manager Moyen Orient
Guillôme Radiôm, graphiste

1 réponse

  1. Nico dit :

    Sympa ces petits commentaires ! Pas d’enregistrement de ce concert ?

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